Inflation, hausses des taux : à quoi s’attendre sur les marchés ?

3 min de lecture 6 oct. 22

Face à une inflation forte et persistante, les banques centrales se sont engagées dans un cycle de remontée des taux qui pèse sur les perspectives économiques. L’inflation pourra-t-elle revenir à ses niveaux d’avant-crise ? Quelles conséquences pour les marchés et l’allocation d’actifs ? Découvrez les réponses de nos experts interrogés par Brice Anger, Country Head France de M&G.

La valeur des actifs d'un fonds peut varier à la baisse comme à la hausse. Tout investissement peut voir sa valeur évoluer de façon négative ou positive, incluant un risque de perte en capital pour l’investisseur. Les opinions exprimées dans ce document ne doivent pas être considérées comme une recommandation, un conseil ou une prévision. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sous l’effet de la mondialisation et des avancées technologiques, « la plupart d’entre nous ont vu l’inflation reculer pendant des années » rappelle Jim Leaviss, CIO Public Fixed Income. Or, la mondialisation subit désormais diverses menaces, notamment depuis la pandémie de Covid-19 qui a perturbé les chaînes de production mondiales en créant des goulets d’étranglement. À ceci s’ajoutent des tensions sur le marché de l’emploi et une forte hausse des prix de l’énergie, constituant un puissant moteur inflationniste.

Des banques centrales à la manœuvre malgré un pouvoir réduit

Pour lutter contre ce phénomène, les banques centrales ont décidé d’employer les grands moyens en remontant rapidement leurs taux directeurs. Mais pour les experts de M&G, le pouvoir des banques centrales reste limité.

« Les banques centrales se sont beaucoup accaparé les mérites de la baisse de l’inflation au cours des 30 dernières années, mais l’inflation aurait probablement baissé avec ou sans elles. Maintenant qu’elles veulent lutter contre l’inflation, il est probable qu’elles n’auront pas autant de pouvoir qu’elles pensent en avoir » explique Jim Leaviss, pour qui les hausses de taux de la BCE n’auront par exemple « aucune influence sur les prix du gaz importé de Russie ».

Pour Steven Andrew, Sustainable and Income Multi Asset Fund Manager, les banquiers centraux savent que leurs leviers d’action sont limités, mais veulent profiter d’une « fenêtre d’opportunité » pour sortir de l’impasse de leurs politiques ultra-accommodantes. Il reconnaît que les banques centrales n'ont que des « outils imparfaits » pour lutter contre l'inflation, mais qu’elles ne disposent pas d’autre moyen dans la situation actuelle. Un constat partagé par Fabiana Fedeli, CIO Equities and Multi Asset, pour qui les hausses de taux resteront probablement plus efficaces aux États-Unis, où les facteurs d'inflation sont plus « endogènes » qu'en Europe.

Une inflation persistante et un risque de « hard landing » encore mal intégré

Les trois gérants s’accordent sur le fait que l’inflation ne pourra probablement pas revenir à son niveau d’avant-crise de sitôt. Pour Fabiana Fedeli, l’inflation pourrait diminuer progressivement au cours des 6 prochains mois, tout en restant sur des niveaux élevés pour une période de temps prolongée.

Le sujet de l’énergie restera probablement le principal déterminant de cette évolution. Fabiana Fedeli souligne que la pression à la hausse sur les prix du gaz en Europe crée déjà un problème inflationniste et que les préoccupations en matière de sécurité énergétique appellent à une transition vers les énergies propres. Pour elle, bien que les importants montants investis par les puissances publiques dans les énergies renouvelables risquent d'alimenter l'inflation à court terme des deux côtés de l'Atlantique, la diversification de l'offre et la mise en place de nouvelles infrastructures pourraient permettre, à long terme, de faire baisser progressivement le prix des énergies propres, de renforcer la sécurité énergétique et de contrer les pressions inflationnistes que nous observons aujourd'hui.

Reste qu’à court terme, le durcissement monétaire des banques centrales pourrait donner un sérieux coup de frein à l’économie. Pour Steven Andrew, « les marchés semblent vulnérables, dans la mesure où le consensus table sur un atterrissage en douceur, qui semble également être le meilleur scénario pour les prévisions de bénéfices des entreprises, qui sous-tendent les valorisations des actions. Un atterrissage brutal ébranlerait ces croyances ». Fabiana Fedeli ajoute que tout dépend également de la définition donnée au terme de « hard landing ». Dans le contexte actuel, « il y a beaucoup d'événements exogènes » explique-t-elle, notamment la « crise énergétique » en Europe et les perspectives d'une « crise du crédit », bien que cette dernière n’entre pas dans le scénario central. Si l'on compare la situation actuelle à la crise financière de 2008, la gérante affirme que « les banques sont désormais mieux capitalisées ». Le scénario d'une crise du crédit est donc moins probable, et un scénario de « hard landing » pourrait rester cantonné à un simple ralentissement plus prononcé de la demande. 

Stratégies d’investissement : où sont les opportunités ?

Sans intégrer le « scénario du pire », les marchés financiers ont d’ores et déjà connu un repli marqué depuis le début de l’année. « Tout est devenu moins cher ! » remarque ainsi Steven Andrews. Ce contexte peut se révéler créateur d’opportunités, bien que les investisseurs doivent toujours rester prudents. « Sur un certain nombre de marchés, les rendements disponibles sont bien à la hauteur des risques encourus. Nous sommes par exemple surpondérés en actions japonaises ainsi que dans certains segments du marché en Europe et aux Etats-Unis, notamment les banques américaines, dont nous estimons qu'elles peuvent être bien positionnées pour tirer avantage de la hausse des taux d’intérêt », ajoute Steven Andrews. 

Jim Leaviss estime ainsi qu’« il y a de nouveau de la valeur à aller chercher sur les marchés obligataires, pour la première fois depuis bien longtemps. Avant la crise du Covid, le risque de crédit n’était pas rémunéré. Désormais, la prime offerte est significative ». Sur le High Yield américain par exemple, les spreads atteignent de nouveau 500 points de base face à des obligations souveraines dont les rendements ont eux-mêmes augmenté. Les spreads peuvent certes continuer à s’écarter dans les mois à venir, mais une stratégie « buy and hold » à 3 ans sur ce segment de marché est jugée potentiellement intéressante par le gérant. « Ces niveaux anticipent le scénario d’un atterrissage brutal de l’économie, loin d’être acquis à nos yeux, juge Jim Leaviss. De même, les rendements offerts dans certaines zones des pays émergents semblent très élevés, en dépit de risques de défaut limités ». Pour leur part, les obligations américaines indexées à l’inflation peuvent également faire partie des segments pouvant offrir une protection partielle contre certains risques. Elles offrent désormais des taux réels positifs. Cela se traduit par un rendement supérieur de 1%, voire 1,5 %, à l’inflation pour 10 ou 30 ans.

Du côté des actions, « nous ne considérons pas que les marchés soient propices à de grands choix de secteurs ou de styles » affirme Fabiana Fedeli. La gérante remarque que lors des dernières publications trimestrielles, certaines entreprises au sein d'un même secteur ont parfois connu des résultats très variables selon leur exposition à certains segments de marché, leur niveau d'endettement ou leur stratégie de développement. La gérante apprécie les actions qui « peuvent résister à la volatilité que nous connaîtrons probablement au cours des six prochains mois ». 

Aux États-Unis, bien que les marchés dans leur ensemble ne semblent pas particulièrement attrayants, Fabiana Fedeli considère que des opportunités subsistent parmi les sociétés technologiques , peu exposées au risque de repli de la demande des consommateurs, opérant notamment sur des segments en croissance tels que le cloud ou les data centers. Steven Andrew estime que les banques américaines peuvent également constituer un secteur intéressant car ces établissements bénéficient généralement directement d'un environnement de taux plus élevés.

Les marchés britannique et japonais peuvent également offrir des opportunités intéressantes pour lFabiana Fedeli mais celle-ci prévient que « la sélectivité est essentielle ». Sont privilégiées les thématiques de long terme, capables de perdurer indépendamment de la toile de fond des marchés, bénéficiant de nouveaux investissements. Parmi celles-ci se trouvent les énergies renouvelables (incluant les fournisseurs et les entreprises utilisant des technologies à faibles émissions pour améliorer leur bilan carbone), mais aussi les entreprises d'infrastructures (dont beaucoup ont des revenus liés à l'inflation et offrent des dividendes élevés et croissants).  

Selon les experts de M&G, sélectivité et diversification restent les maîtres-mots face aux actuelles incertitudes économiques.

Pour plus d'informations sur les termes financiers utilisés dans cet article, veuillez vous référer au glossaire. 

La valeur des investissements peut fluctuer et ainsi faire baisser ou augmenter la valeur liquidative des fonds. Vous pouvez donc ne pas récupérer votre placement d'origine.

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