Pourquoi investir dans les actions émergentes aujourd'hui ?

5 min de lecture 15 janv. 26

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Les actions émergentes ont enregistré parmi les meilleures performances en 2025, surperformant les marchés développés. Dans cette interview, Michael Bourke, Responsable Actions émergentes, explore les moteurs de cette reprise et explique pourquoi le renforcement des fondamentaux et les conditions macroéconomiques favorables alimentent l'optimisme quant aux perspectives des marchés émergents. Il évoque également les avantages d'une gestion active et à long terme de l'investissement dans les marchés émergents et partage ses perspectives d'opportunités prometteuses.

2025 a été une excellente année pour les actions émergentes : elles ont enregistré leurs meilleures performances depuis 2017 et devancent les actions des marchés développés d'environ 10 %. Dans un contexte géopolitique et économique troublé, cette surperformance a démontré la résilience inhérente à cette classe d'actifs et l'amélioration de ses fondamentaux. 

Les investisseurs commencent à s'en rendre compte. Après avoir été négligés pendant plusieurs années, les marchés émergents suscitent aujourd'hui un intérêt croissant, notamment en raison de la perte de confiance dans l'exceptionnalisme américain.1

Nous avons demandé à Michael Bourke, Responsable Actions émergentes chez M&G Investments, de nous faire part de ses réflexions quant aux facteurs qui alimentent la performance des marchés émergents, à l'amélioration du comportement des entreprises, aux opportunités prometteuses qu'il entrevoit et à la question de savoir si les marchés émergents sont appelés à faire l'objet d'un regain d'intérêt. 

Q : Les actions des marchés émergents ont enregistré en 2025 leur meilleure performance depuis 2017. Quels ont été  les principaux moteurs de cette reprise ? 

Les gains enregistrés en 2025 sur les marchés émergents ont été alimentés par divers facteurs : la faiblesse du dollar américain, l'engouement pour l'intelligence artificielle (IA) et l'apaisement des tensions entre les États-Unis et la Chine. Les actions des marchés émergents ont participé à l'essor de l'IA : la sortie du modèle DeepSeek en Chine a suscité l'enthousiasme quant aux progrès de la Chine en matière d'IA, tandis que des entreprises coréennes et taïwanaises produisent les puces mémoires qui alimentent la révolution de l'IA. 

Sur certains marchés, notamment en Corée, en Chine et au Mexique, une proportion importante des performances est attribuable au niveau des valorisations, autrement dit au fait que les marchés sont devenus plus chers. Cette tendance s'explique par l'optimisme quant aux bénéfices futurs, que nous pensons voir se concrétiser dans l’année à venir. 

Dans l'ensemble, la reprise des marchés émergents observée cette année s'explique, selon nous, par une augmentation des valorisations, largement soutenues par les estimations de bénéfices prévisionnels. 

La valorisation a été un facteur clé des performances des marchés actions en 2025. 

Q : Les marchés émergents pourraient-ils continuer à afficher de fortes performances en 2026 ?

Nous pensons que 2026 pourrait être une autre année propice aux marchés émergents. L'environnement macroéconomique semble favorable pour les bénéfices des entreprises : Les marchés émergents continuent d'afficher une croissance économique supérieure à celle des marchés développés et sont en meilleure santé financière que ces derniers, qui sont confrontés à des dettes et des soldes budgétaires plus élevés. Ce contexte pourrait être favorable aux entreprises et les bénéfices devraient être un moteur de performance majeur, les estimations du consensus tablant sur une croissance de respectivement 17 % et 12 % en 2026 et 2027.

Le marché anticipe trois baisses de taux par la Réserve fédérale américaine au cours de l'année à venir, ce qui donnerait plus de flexibilité aux banques centrales des marchés émergents – la hausse des taux américains réduit généralement l'attrait des actifs des marchés émergents. Nous pourrions assister à un nouvel assouplissement monétaire dans les marchés émergents, ce qui pourrait soutenir l'activité économique. Enfin, le dollar américain pourrait connaître un affaiblissement structurel, dans la mesure où les performances macroéconomiques et boursières « moins exceptionnelles » des États-Unis érodent la valorisation encore élevée du billet vert. 

Q : Les actions des marchés émergents sont boudées depuis plusieurs années. Serait-ce le début d'une nouvelle ère ? 

Il est vrai que les performances des marchés émergents ont été médiocres pendant une décennie, tant en termes absolus que par rapport aux marchés développés. Le rebond ne fait que ramener le marché à son niveau du début de l'année 2021. Ainsi, même si les performances ont été robustes, nous sommes plus optimistes quant aux perspectives à long terme des marchés émergents que nous ne l'avons été depuis un certain temps.

Historiquement, les performances des marchés émergents ont évolué par cycles par rapport aux marchés développés, sachant que les écarts de croissance ont souvent été un facteur clé de surperformance. Nous pensons que les conditions sont potentiellement réunies pour que les marchés émergents enregistrent une meilleure performance relative au cours de la prochaine décennie.

Pour commencer, nous constatons des valorisations très élevées du côté américain (c’est-à-dire que les actions américaines sont plus chères), et un positionnement beaucoup plus favorable du côté des marchés émergents. Outre les valorisations, nous estimons que les perspectives de bénéfices sont plus encourageantes. L'une des raisons expliquant la sous-performance de la dernière décennie est la faible croissance des bénéfices des entreprises. La bonne nouvelle, c'est que la situation commence à changer, car les entreprises, en particulier en Chine, deviennent plus efficaces en matière d'allocation du capital.

Le niveau de performance affiché par les entreprises des marchés émergents au cours des deux dernières années a égalé les sommets atteints au cours de la dernière décennie. À notre avis, cette tendance bénéficie en réalité de solides soutiens. Les estimations de bénéfices pour les marchés émergents au cours des dix prochaines années indiquent une amélioration des différentiels de croissance vis-à-vis des marchés développés, ce qui laisse présager une surperformance potentielle par rapport à ces derniers.

Ces performances plus élevées se traduisent par une valorisation plus élevée. Le marché boursier se négocie actuellement à un niveau supérieur à la moyenne de la dernière décennie. Mais nous pensons que cela se justifie par les niveaux plus élevés de rentabilité des entreprises.

Q : La Chine est le marché dominant des marchés émergents. Quelles tendances y observez-vous ?

Les investisseurs se méfient de la Chine depuis un certain temps déjà. Jusqu'à récemment, elle était même considérée comme « non investissable ». Mais la Chine voit revenir les « esprits animaux2 » ; les investissements de la Chine continentale à Hong Kong ont atteint un niveau record en 2025 et les investisseurs étrangers sont également revenus en Chine.

L'attrait des actions chinoises liées à l'IA et les nouvelles émissions de titres ont attiré des capitaux. De plus, les taux d'intérêt en Chine sont très bas – environ 1 % –, ce qui a également encouragé les épargnants à investir leur argent sur les marchés actions. 

L'une des principales préoccupations des investisseurs concernant la Chine est la crise immobilière qui perdure. L'offre excédentaire de biens immobiliers et la chute des prix ont eu un effet négatif sur la richesse, mais nous estimons que le ralentissement du marché immobilier a atteint son niveau maximum. Les mises en chantier ont diminué, ce qui contribue à réduire la quantité de biens immobiliers disponibles et entraîne une amélioration générale de l'activité économique.

Les priorités de la Chine dans son prochain plan quinquennal sont intéressantes. Les décideurs politiques commencent à se concentrer sur une croissance de meilleure qualité et il est question d'une plus grande autonomie technologique, notamment en matière de semi-conducteurs et d'équipements liés à l'intelligence artificielle.

Nous pensons que le secteur technologique est très prometteur. DeepSeek a révélé les capacités de la Chine en matière d'IA. Il est intéressant de noter que la Chine s'engage dans la voie des modèles d'IA en open source, ce qui pourrait conduire à une utilisation et une adoption plus larges. Cela pourrait également signifier que les avantages économiques profiteront davantage aux développeurs d'applications qu'aux concepteurs de modèles, ce qui constitue une différence notable par rapport à l'IA en Occident.

En termes de comportement des entreprises, nous sommes optimistes et tablons sur une meilleure allocation du capital et un potentiel de performances plus élevées en Chine. Selon nous, la Chine a adopté certaines des mesures favorables aux actionnaires que l'on a pu observer sur d'autres marchés asiatiques, telles que les rachats d'actions par les entreprises publiques et privées et l'augmentation des dividendes.

Malgré la baisse du Produit Intérieur Brut (PIB) ces dernières années, l'environnement est devenu plus favorable pour les entreprises qui privilégient les rendements et la rentabilité plutôt que la croissance à tout prix. De ce fait, la Chine devient selon nous un marché plus attractif pour les investisseurs.

Q : De nombreux investisseurs ont peu d'actifs des marchés émergents dans leurs portefeuilles. Quelles sont les principales caractéristiques des actions des marchés émergents et en quoi peuvent-elles améliorer les portefeuilles ?

Les investisseurs sont généralement sous-exposés aux marchés émergents dans leurs portefeuilles, principalement en raison de la domination des États-Unis. Pour commencer, de nombreux fonds mondiaux gérés activement ont une allocation aux marchés émergents inférieure à la pondération (poids des actions émergentes dans la composition totale) de l’indice MSCI AC World Net Return (indice, qui vise à mesurer la performance des sociétés cotées des marchés développés et émergents), qui est d'environ 11 %3. De plus, cette pondération de l'indice ne reflète pas pleinement l'importance économique des marchés émergents, qui représentent aujourd'hui environ 50 % du PIB mondial. En conséquence, les investisseurs sous-pondèrent les marchés émergents tant de manière cyclique que structurelle, risquant ainsi de passer à côté de nombreuses opportunités prometteuses. 

Nous pensons que les aspects les plus intéressants de cette classe d'actifs sont sa résilience et ses avantages en termes de diversification. Récemment, la diversification régionale des marchés émergents s'est avérée bénéfique, différentes régions affichant de bons résultats à différents moments : le leadership du marché est passé des marchés émergents européens à la Corée et à l'Amérique latine, puis à la Chine et à l'Afrique du Sud, ce qui leur a permis de devancer les actions des marchés développés. 

La grande diversité sectorielle des marchés émergents contribue également à leur résilience intrinsèque : cette classe d'actifs couvre les matières premières, les technologies, les services financiers, l'industrie manufacturière et les services. Cela signifie qu'aucun facteur macroéconomique, qu'il s'agisse de la consommation intérieure, de la demande à l'exportation ou des réformes, ne joue un rôle prépondérant sur les performances. 

Sur les marchés émergents, les corrélations entre les pays et les secteurs divergent, offrant ainsi des opportunités de diversification en matière d'exposition au risque4. Les actions des marchés émergents présentent une faible corrélation avec les marchés développés, ce qui peut également réduire le risque du portefeuille. Dans un contexte où les investisseurs cherchent à se diversifier hors des États-Unis et loin de la concentration des marchés, les actions émergentes pourraient potentiellement renforcer la résilience des portefeuilles et améliorer leurs performances.

Q : Selon vous, quels sont actuellement les segments qui présentent le plus de potentiel et d'opportunités prometteuses ? 

Nous sommes des sélectionneurs de titres « bottom-up » et nos investissements résultent de la recherche de valeurs spécifiques présentant une valorisation attractive plutôt que de points de vue sur des pays ou des secteurs. Néanmoins, nous avons actuellement des allocations significatives en faveur de certains pays qui offrent des opportunités plus prometteuses. 

Par exemple, nous pensons que les valorisations au Brésil sont attractives et que de nombreuses actions restent bon marché compte tenu des fondamentaux. Les conditions intérieures s'améliorent également grâce à l'assouplissement de la politique monétaire. 

L'Indonésie est un autre marché sur lequel nous avons récemment accru notre pondération. Nous y trouvons davantage d'idées présentant un potentiel de hausse qu'en Asie du Nord. Les valorisations des entreprises semblent attractives, tandis que la rentabilité sous-jacente nous paraît toujours durable. 

Nous pensons que l'Afrique du Sud a encore de quoi surprendre les investisseurs. Nous voyons de nombreux candidats susceptibles de voir leurs performances s'améliorer et à des valorisations attractives. Les pénuries d'électricité dans le pays se sont atténuées, ce qui pourrait favoriser la croissance économique et avoir un effet positif sur les bénéfices des entreprises.

Q : Qu'est-ce qui caractérise votre approche en matière d'investissement sur les marchés émergents ? 

Nous sommes avant tout des investisseurs actifs. Nous avons la liberté de chercher de la valeur dans l'ensemble de l'univers des marchés émergents. Compte tenu des divergences entre les valorisations et la rentabilité que l'on observe souvent dans les marchés émergents, il peut être très utile de disposer d'une certaine flexibilité pour déplacer des capitaux et trouver des opportunités sur différents marchés.

Nous adoptons également une approche à long terme, ce qui nous permet de tirer parti de la volatilité qui caractérise cette classe d'actifs. Les actions des marchés émergents ont tendance à réagir de manière excessive aux chocs externes5, et ces fluctuations de volatilité nous offrent, en tant qu'investisseurs à long terme, l'occasion de tirer parti des moments d'irrationalité à court terme.

Depuis 2009, nous suivons un processus d'investissement cohérent et reproductible qui repose sur trois principes fondamentaux : la rentabilité du capital, le niveau de valorisation et l'alignement des intérêts avec ceux des actionnaires. Concrètement, nous nous attachons à identifier les entreprises qui sont en mesure d'améliorer ou de maintenir la rentabilité de leur capital, dont les performances futures sont sous-évaluées et dont les intérêts sont alignés sur ceux de leurs actionnaires. 

Une caractéristique distinctive qui, selon nous, convient bien à la nature volatile des investissements sur les marchés émergents est l'importance que nous accordons à la constitution d'un portefeuille équilibré. Nous investissons dans quatre types distincts d'entreprises présentant des caractéristiques différentes, afin d'obtenir des performances constantes dans différentes conditions de marché.

En tant qu'investisseurs disciplinés avec un horizon à long terme, nous pensons que notre stratégie « bottom-up » axée sur la valorisation des entreprises constitue une approche différenciée de l'investissement sur les marchés émergents, capable de tirer parti des diverses opportunités à long terme offertes par cette classe d'actifs.
 

1 L’exceptionnalisme américain désigne la conviction que les États-Unis occupent une position singulière et exemplaire sur la scène internationale, en raison de leur histoire, de leurs institutions politiques et de leur influence économique.
2 La notion d'esprits animaux vise à expliquer le comportement humain. Selon l'économiste John Maynard Keynes, ce concept désigne les facteurs non rationnels et émotionnels qui influencent le comportement économique et la prise de décision.
3 Polen Capital, « Emerging Markets : A rare window of opportunity », (polencapital.com), août 2023.
4 Correspond à ce qu’un investisseurs risque de perdre en cas d’échec d’un investissement. 
5 Evénements provenant de l’extérieur d’un système économique national, pouvant avoir des conséquences négatives sur les fondamentaux.
Rédigé par  Michael Bourke, Responsable actions émergentes

La valeur des investissements est vouée à fluctuer, pouvant conduire les prix à la baisse comme à la hausse, et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer le montant initial investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les opinions exprimées dans le présent document ne sauraient en aucun cas constituer des recommandation, des conseils ou des prévisions, ni comme une recommandation d'achat ou de vente d'un titre spécifique. Nous ne sommes pas autorisés à donner des conseils financiers. En cas de doute quant à la pertinence de votre investissement, nous vous invitons à vous rapprocher de votre conseiller financier.   

 

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