Au-delà des mythes : Les arguments en faveur de l'investissement dans les marchés émergents

5 min de lecture 14 janv. 26

Les marchés émergents s'imposent comme un pilier stratégique des portefeuilles à long terme, grâce à leur croissance économique robuste, leurs tendances structurelles et leurs opportunités d'investissement diversifiées. Pourtant, de nombreux investisseurs restent méfiants, influencés par des perceptions dépassées d'instabilité politique et économique.  Cet article examine l'évolution des marchés émergents ces dernières années et remet en question les idées reçues. Avec des cadres budgétaires plus solides et des secteurs dynamiques axés sur l'innovation, les arguments en faveur d'une révision des allocations de portefeuille sur les marchés émergents sont sans doute devenus plus convaincants. 

Les investisseurs mondiaux s'intéressent de plus en plus aux marchés émergents (ME), où la dynamique de réforme, des marchés financiers plus développés et une démographie favorable redéfinissent l'ensemble des opportunités.

Ces économies vastes et dynamiques offrent une combinaison séduisante de fort potentiel de croissance, de diversité sectorielle et régionale et de valorisations1 attractives, autant d'atouts qui pourraient en faire un élément stratégique des portefeuilles à long terme.

Inventé dans les années 1980, le terme « marché émergent » recouvre un univers diversifié de pays répartis aux quatre coins du globe. Les économies émergentes étaient auparavant considérées comme un groupe cohérent, présentant plusieurs caractéristiques communes, notamment des niveaux élevés de croissance économique tirés par l'industrialisation et les matières premières. Ils étaient également associés à une fragilité institutionnelle, à une instabilité politique et économique, ainsi qu'à une volatilité et à des risques accrus. 

Bien que certains de ces problèmes persistent, tels qu'une plus grande volatilité de la croissance et de l'inflation, ces perceptions sont sans doute quelque peu dépassées et ne reflètent pas la réalité des marchés émergents aujourd'hui.

Si les marchés émergents présentent encore des risques, leur profil de performance est à nos yeux difficile à ignorer, ce qui justifie pleinement que les investisseurs envisagent d'augmenter leur allocation à une classe d'actifs historiquement négligée. 

Le moteur de la croissance mondiale 

Une caractéristique clé des économies émergentes est qu'elles sont soutenues par une dynamique de croissance positive, qui devrait se poursuivre compte tenu d'un certain nombre de changements structurels en cours. 

Il s'agit notamment de l'expansion des classes moyennes qui stimulent la consommation, de l'urbanisation et des investissements dans les infrastructures qui créent de nouveaux pôles économiques, et de l'adoption des technologies qui accélèrent la productivité.  

Une croissance économique robuste a été et reste l'un des principaux attraits de l'investissement dans les marchés émergents, dans la mesure où elle constitue un puissant moteur pour la croissance des bénéfices des entreprises. 

Au cours des dernières décennies, la croissance des économies émergentes et en développement a régulièrement dépassé celle des marchés développés, et cette tendance devrait se poursuivre. Les marchés émergents devraient connaître une croissance légèrement supérieure à 4 % entre 2025 et 2026, contre seulement 1,5 % dans les économies avancées.

« Une croissance économique robuste ... reste l'un des principaux attraits de l'investissement dans les marchés émergents. »

Au cours des dernières décennies, les marchés émergents ont pris une place de plus en plus importante dans l'économie mondiale. S&P Global prévoit que les marchés émergents représenteront environ 65 % de la croissance économique mondiale en 2035, soulignant que ces pays sont au cœur de certaines des mégatendances les plus transformatrices au monde.

Les leaders de la « nouvelle économie »

Autrefois considérés comme à la traîne, les marchés émergents abritent désormais des puissances économiques qui font figure de chefs de file dans les industries d'avenir. Si les matières premières restent importantes pour des économies telles que celles du Brésil et de l'Afrique du Sud, les marchés émergents sont également reconnus pour leurs avancées dans des domaines tels que le commerce électronique et l'intelligence artificielle (IA). 

L'Asie, en particulier, est un leader en matière de technologie et d'innovation, suivant le rythme des marchés développés et, dans certains domaines, les devançant même. Par exemple, la sortie du modèle d'IA de DeepSeek début 2025 a révélé les progrès réalisés par la Chine dans le domaine de l'IA. Cependant, la Chine est également à l'avant-garde de la technologie des batteries, le premier producteur de panneaux solaires et de plus en plus à la pointe dans le domaine des véhicules électriques et de la conduite autonome. Cela montre à quel point l'économie chinoise a évolué ces dernières années, avec un nouvel accent mis sur le développement par l'innovation.  

Les progrès technologiques sont visibles dans l'ensemble des marchés émergents. La numérisation, en particulier, transforme le paysage. Les écosystèmes axés sur le mobile permettent une adoption rapide des paiements numériques et élargissent l'accès au crédit, ce qui favorise la formalisation des entreprises et stimule la productivité. En matière d'adoption des technologies, les marchés émergents dépassent les marchés développés dans de nombreux domaines. 

Les marchés émergents offrent donc aux investisseurs une exposition à un large éventail de moteurs structurels qui incluent non seulement le thème traditionnel de l'urbanisation, mais aussi la numérisation et la transition énergétique. Malgré l'importance croissante des marchés émergents dans l'économie mondiale et la place prépondérante des entreprises de ces marchés dans les secteurs de la « nouvelle économie », les marchés émergents restent généralement sous-représentés dans les indices mondiaux. Par exemple, les actions des marchés émergents ne représentent qu'environ 11 % de l'indice MSCI ACWI, un indice de référence mondial ; elles occupent généralement une place encore plus modeste dans les portefeuilles de la plupart des investisseurs2.

« Les marchés émergents restent généralement sous-représentés dans les indices mondiaux. »

Parce que les marchés émergents sont éclipsés par les marchés développés, et en particulier par les États-Unis, les investisseurs risquent de passer à côté d'opportunités stratégiques à long terme et de tendances futures.

Une dynamique démographique favorable

La croissance des marchés émergents bénéficie également d'une dynamique démographique plus favorable. 85 % de la population mondiale vit dans les marchés émergents, et de nombreux pays bénéficient d'une croissance démographique continue et de tendances démographiques plus favorables que celles des marchés développés.  

Cela crée une dynamique de croissance, avec une population en âge de travailler plus importante, ainsi qu'un potentiel plus fort pour la consommation intérieure, en particulier avec l'expansion de la classe moyenne. La population de la classe moyenne dans les marchés émergents devrait doubler au cours de la prochaine décennie, passant de 354 millions de ménages en 2024 à 687 millions d'ici 2043, ce qui constituera un puissant moteur de croissance.  

Une classe moyenne en pleine expansion favorise la consommation à long terme dans les domaines du logement, de la santé, de l'éducation, des voyages et des services numériques. Les entreprises qui répondent à ces besoins, qu'il s'agisse de leaders nationaux ou de filiales locales de multinationales, peuvent bénéficier d'une demande soutenue à long terme, à mesure que les taux de pénétration3 se rapprochent des normes mondiales. 

Pendant ce temps, les économies des pays développés sont confrontées à la pression supplémentaire exercée par la diminution de la population active et le poids accru du vieillissement démographique sur la dette publique.  

Une classe d'actifs en pleine évolution 

Le changement est un aspect inhérent aux marchés émergents. Au départ constituées d'économies « émergentes », caractérisées par des difficultés politiques et économiques particulières, ces économies sont aujourd'hui devenues une classe d'actifs prometteuse, soutenue par une dynamique de croissance positive, des fondamentaux macroéconomiques solides, des entreprises innovantes et compétitives à l'échelle mondiale, ainsi qu'un profil risque/rendement attractif. 

Aujourd'hui, les marchés émergents connaissent des niveaux de volatilité similaires à ceux des marchés développés, grâce notamment à l'amélioration des cadres monétaires et budgétaires, à une plus grande flexibilité des taux de change et à des profils d'endettement plus solides. 

Par exemple, ces dernières années, les banques centrales des marchés émergents, rompues à la gestion des poussées inflationnistes, ont renforcé leur crédibilité : elles ont réagi rapidement à la poussée inflationniste post-COVID, tandis que les banques centrales des marchés développés ont été paralysées par l'indécision.

Les marchés émergents ne se contentent plus de réagir à la politique monétaire américaine, ils ont mis en place des cadres fiables et crédibles. Par exemple, lors du dernier cycle de resserrement monétaire, la banque centrale brésilienne a relevé ses taux 12 mois avant la première intervention de la Réserve fédérale américaine (Fed).

En conséquence, la tendance inflationniste s'est inversée pour la première fois : l'inflation globale4 diminue plus rapidement dans les marchés émergents que dans les marchés développés. Ce changement soutient non seulement les marchés obligataires émergents, mais contribue également à réduire l'écart de risque sur les marchés actions. 

Ce ne sont pas seulement les banques centrales des marchés émergents qui ont changé de discours. Les gouvernements des marchés émergents commencent à se caractériser par une politique budgétaire raisonnable et une certaine stabilité, alors que les marchés développés sont de plus en plus en proie à des difficultés budgétaires. Le ratio moyen dette/PIB des économies émergentes et à revenu intermédiaire est de 73 %, tandis que celui des économies avancées est de 110 %. Des niveaux d'endettement stables créent un tampon permettant d'absorber les chocs mondiaux, et les marchés émergents semblent de plus en plus résilients.

Cette tendance est corroborée par d'autres évolutions récentes observées dans les marchés émergents, où les réserves de devises étrangères se sont largement améliorées, tandis que la forte croissance des marchés de la dette en monnaie locale a permis une plus grande stabilité et une meilleure autonomie. 

« Les marchés émergents ne se contentent plus de réagir à la politique monétaire américaine, ils ont mis en place des cadres fiables et crédibles. »

Historiquement, le sort des marchés émergents a généralement été considérée comme étroitement liée à la vigueur du dollar américain et aux taux d'intérêt américains, des taux plus élevés et une appréciation du dollar pouvant attirer les flux de capitaux vers les États-Unis au détriment des marchés émergents. Mais à mesure que ces derniers ont gagné en maturité, l'impact de ces facteurs s'est sans doute atténué et ils sont aujourd'hui moins sensibles à l'évolution de la situation aux États-Unis. Néanmoins, la performance du dollar américain reste un facteur important pour les investisseurs sur les marchés émergents, en particulier en ce qui concerne la dette émergente (c’est-à-dire les titres à revenus fixes, ou obligations, émis par les pays émergents).

L'évolution des entreprises

Non seulement la situation souveraine des marchés émergents est plus favorable, mais la qualité de crédit des entreprises s'améliore également de manière constante.

Les entreprises des marchés émergents se caractérisent par des indicateurs d'endettement plus encourageants, avec des niveaux d'endettement net plus faibles et des ratios de couverture des intérêts (la capacité d’une entreprise à rembourser ses dettes) plus élevés. 

Cela réduit considérablement les risques liés au bilan. De fait, le taux de défaut attendu pour les obligations d'entreprises des marchés émergents cette année est de 3,7 %, ce qui est assez faible et témoigne de la qualité des fondamentaux. En conséquence, le profil risque/rendement de la dette d'entreprise dans les marchés émergents semble sans doute plus attractif que celui des marchés développés.

Ce n'est pas seulement du point de vue de la dette que les marchés émergents se sont améliorés. Les entreprises des marchés émergents sont également devenues plus attrayantes pour les investisseurs en actions au cours des dernières décennies, grâce à l'amélioration généralisée des normes de gouvernance d'entreprise.  

Les équipes de direction des entreprises gagnent en professionnalisme, les sociétés prennent de meilleures décisions en matière d'allocation du capital et l'accent est désormais davantage mis sur les résultats financiers et la rentabilité plutôt que sur la croissance du chiffre d'affaires.

Le fait que les intérêts des actionnaires soient de plus en plus reconnus est particulièrement significatif. Ceci est particulièrement important sur les marchés émergents, où il existe depuis longtemps un grand nombre d'entreprises publiques et familiales dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux des investisseurs minoritaires. Ces dernières années, les entreprises sont devenues plus favorables aux actionnaires, comme en témoignent l'augmentation des dividendes et les rachats d'actions, en particulier dans des pays comme la Chine5.

Malgré l'amélioration des fondamentaux sous-jacents, les opportunités devraient rester nombreuses dans les marchés émergents, dans la mesure où cette classe d'actifs est généralement moins bien comprise. La perception des marchés émergents comme étant volatils et instables est une idée tenace qui influence considérablement la façon dont les investisseurs envisagent cette classe d'actifs. 

Les sentiments à l'égard des marchés émergents sont souvent exagérés, tant positivement que négativement, en partie parce qu'il existe un écart entre perception et réalité. Cet aspect de la psychologie des investisseurs peut offrir des opportunités aux investisseurs disciplinés et axés sur le long terme qui possèdent une expertise et des compétences dans les marchés émergents, leur permettant de tirer parti des distorsions lorsque les valorisations s'écartent des fondamentaux.

« Les entreprises sont devenues plus favorables aux actionnaires, comme en témoignent l'augmentation des dividendes et les rachats d'actions. »

La mosaïque des marchés émergents  

Les marchés émergents sont souvent considérés comme une classe d'actifs unique, mais en réalité, ils sont loin d'être uniformes : ils représentent une mosaïque d'économies aux profils et aux moteurs de croissance distincts.

Cette classe d'actifs englobe plus de 70 pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et d'Europe émergente. Une partie de l'attrait de ce regroupement hétérogène réside dans le fait que chaque région offre des opportunités spécifiques.  

Cette diversité permet à un investisseur actif d'exploiter plusieurs thèmes, allant de l'innovation technologique et de la consommation à l'énergie et aux infrastructures, tout en tirant parti de cycles économiques et de résiliences régionales variés.

L'importance de cet avantage en termes de diversification a été mise en évidence en 2025 par l'introduction de droits de douane par le président américain Donald Trump. Loin d'imposer des droits de douane uniformes à travers le monde, ceux-ci variaient considérablement, tant en termes de taille que d'impact. 

Par exemple, le Brésil, bien qu'il soit confronté à un taux de droits de douane élevé de 50 %, est relativement protégé en raison de son faible ratio exportations/PIB et de son économie axée sur le marché intérieur. L'Inde se trouve dans une situation similaire, tandis que le Vietnam, qui bénéficie de droits de douane réduits à 20 % suite à un accord commercial avec les États-Unis, pourrait être plus exposé compte tenu de son empreinte commerciale plus importante et de son déficit avec les États-Unis. 

Les niveaux de croissance pourraient connaître une accélération dans le nouveau contexte post-droits de douane, où les fabricants des marchés émergents se tournent vers le « nearshoring » ou le « friendshoring »6, ou bien sont soutenus par les marchés intérieurs ou le commerce intrarégional. 

Diversification du portefeuille

En outre, compte tenu de l'étendue de l'univers accessible des marchés émergents, qui englobe près de 100 pays, les possibilités de diversification sont nombreuses, malgré les risques de croissance propres à chaque pays en raison des droits de douane.

Plus que tout, la tourmente provoquée par les droits de douane a remis en question la notion longtemps acceptée d'« exceptionnalisme américain7 », renforçant ainsi la nécessité de diversifier les portefeuilles. Les marchés émergents offrent un large éventail d'opportunités à long terme sur des marchés qui se comportent bien à différents moments, ce qui constitue un atout inhérent très précieux pour les investisseurs actifs. 

De plus, l'exposition aux marchés émergents permet de diversifier des portefeuilles autrement concentrés sur un petit nombre de leaders des marchés développés. Lorsque les marchés développés affichent une concentration stylistique, investir dans cette classe d'actifs peut contribuer à élargir la participation à différents cycles économiques. 

Marchés émergents : Résilients, diversifiés et construits pour l'avenir 

Les marchés émergents offrent aux investisseurs plus seulement de la croissance : ils peuvent également leur apporter diversification, résilience et un accès aux tendances structurelles qui façonnent l'économie mondiale. Grâce à des cadres budgétaires plus solides, des marchés locaux plus développés et des secteurs dynamiques tels que la technologie et les énergies vertes, ces régions semblent bien placées pour offrir des opportunités à long terme. 

Le fait d'ajouter des actifs des marchés émergents à un portefeuille peut potentiellement améliorer les performances, réduire le risque de concentration et permettre de tirer parti des tendances démographiques et des forces liées à l'innovation qui devraient influencer les marchés financiers au cours de la prochaine décennie. 
 

1 La valorisation désigne l’évaluation de la valeur d’un actif ou d’une entreprise. 
2 Dodge & Cox, « Emerging Markets : Why and Where », (dodgeandcox.com), mai 2024.
3 Le taux de pénétration du marché est, en marketing, un taux mesurant la couverture d’un marché par un produit ou service donné. 
4 Mesuré par l'indice des prix à la consommation. 
5 Reuters, « Dividend surge signals culture shift in China's markets » (La forte hausse des dividendes annonce un changement culturel sur les marchés chinois), (reuters.com), janvier 2025.
6 Rapprocher la production des marchés nationaux ou la délocaliser vers des marchés voisins ou amis.
7 L’exceptionnalisme américain désigne la conviction que les Etats-Unis occupent une position singulière et exemplaire sur la scène internationale, en raison de leur histoire, de leurs institutions politiques et de leur influence économique. 

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