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5 min de lecture 8 sept. 25
En juillet, nous avons publié nos Perspectives trimestrielles intitulées « Lassitude face aux crises ». Nous y précisions que les investisseurs semblaient commencer à ressentir une certaine lassitude face aux crises. En effet, l’accumulation des chocs politiques, les inflexions des politiques mises en œuvre et l’actualité des différents conflits ont appris aux investisseurs à s’affranchir des menaces n’ayant pas d’impact concret, immédiat et prononcé sur les marchés.
Cette résilience est en partie rationnelle puisque l’incidence des conflits géopolitiques sur les marchés des actifs risqués est proportionnelle à l’impact qu’ils ont sur les fondamentaux de l’économie et des entreprises.
Toutefois, nous faisions également valoir que le marché s’était trop habitué à crier au loup et que tout forme de « désensibilisation » constituait en soi un risque.
Nous observons désormais plusieurs signes susceptibles de remettre en question cette lassitude face aux crises. Cette tendance n’est pas nécessairement liée aux indicateurs macroéconomiques américains, très suivies par le marché, puisqu’elles sont loin de donner une image claire de la situation.
Début août, les chiffres de l’emploi aux États-Unis ont été médiocres, avant la publication de données meilleures que prévu deux semaines plus tard. Selon les données relatives à l’IPC, l’inflation globale a ralenti et l’inflation sous-jacente s’est raffermie, mais aucune augmentation claire des prix des biens sous l’effet des droits de douane n’a été constatée.
Dans le reste du monde, en Europe et en Asie par exemple, les statistiques restent atones, mais sans répercussion claire des surtaxes douanières... du moins pour le moment. Toutefois, les inflexions des données macroéconomiques ont un impact durable sur les actifs risqués, en particulier les actions, uniquement si elles affectent les bénéfices.
Nous avons déjà démontré que, sur la période récente, la corrélation entre la performance des marchés boursiers et la croissance du PIB réel est pour le moins ténue.
Les investisseurs doivent également tenir compte d’un autre aspect, spécifique aux États-Unis, à savoir la fiabilité future des données économiques. En effet, de nombreux organismes et agences responsables de leur collecte ont subi des licenciements massifs en raison des coupes claires du ministère de l’efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency - DOGE).
Le Bureau des statistiques de l’emploi (BLS), avant même que sa directrice ne soit licenciée par le président Trump, le Bureau du recensement et le Bureau d’analyse économique ont tous perdu des conseillers et des collaborateurs et ont subi des réductions de coûts généralisées. Par conséquent, une moindre quantité de données est collectée et achetée et les estimations mathématiques se multiplient. Nous ne savons clairement pas quel sera l’impact global sur la qualité des données mais pour l’heure, il y a vraiment lieu de s’inquiéter, surtout pour établir des comparaisons avec des données antérieures.
Les toute dernières statistiques macroéconomiques ne nous ont rien appris de plus, mais si l’on se fie aux déclarations des équipes dirigeantes de certaines entreprises lors la publication des derniers résultats, l’impact des droits de douane ne s’est pas encore complètement matérialisé.
Compte tenu des sursis tarifaires accordés au deuxième trimestre, nous ne connaissons pas encore l’impact global des droits de douane sur la demande des entreprises, leurs marges et l’inflation américaine. Certaines entreprises ont certes déjà ressenti l’impact des surtaxes sur leurs marges, mais la dernière saison des résultats a montré que nombre d’entre elles n’ont pas encore répercuté ces coûts sur les consommateurs.
L’impact sur les marges et sur la demande finale (si les ménages venaient à se serrer la ceinture en réaction à la hausse des prix) ne s’est donc pas encore complètement matérialisé. Les mois à venir seront donc déterminants pour savoir si oui ou non ces surtaxes finiront par entraîner une détérioration marquée des statistiques macroéconomiques et des chiffres des entreprises.
Faut-il pour autant paniquer et sortir des marchés ? Ce n’est pas notre avis. Et ce pour trois raisons. Tout d’abord, nous avons constaté ces dernières années une bonne résistance des marchés actions et du crédit face aux diverses craintes macroéconomiques et tensions géopolitiques, grâce au maintien de bénéfices solides malgré de nombreux chocs.
Deuxième point, une résolution pacifique du conflit en Ukraine pourrait relancer certains secteurs, en particulier en Europe, car cela permettrait aux entreprises de bénéficier des projets de reconstruction du pays et d’une baisse potentielle des prix du gaz.
Et enfin, toutes les entreprises ne seront pas touchées de la même manière par la dynamique des marchés et des droits de douane. Et comme toujours, il y aura des gagnants et des perdants.
La saison de publication des résultats, qui touche à sa fin, a de nouveau témoigné d’une tendance désormais habituelle, à savoir l’hétérogénéité des performances des entreprises d’un même secteur. Celles qui s’en sortent le mieux le doivent à une meilleure capacité d’innovation, à un solide pouvoir de fixation des prix, à des chaînes d’approvisionnement plus fiables, à une exposition ciblée sur le plan géographique ou à des segments de clientèle spécifiques, et bien sûr, à la qualité de leur équipe de direction.
Les dernières publications de résultats ont fait apparaître une dispersion accrue des performances boursières des actions mondiales (indice MSCI All Country World), en particulier dans les secteurs des technologies de l’information, de la santé et de la consommation cyclique.
L’idée n’est pas de faire fi de l’impact potentiel des droits de douane sur les marges ou la demande des entreprises figurant dans nos portefeuilles, mais d’identifier celles susceptibles de mieux résister, voire d’accroître leur compétitivité.
Les arguments que nous venons de développer confortent notre opinion : sur les marchés des actifs risqués, face à l’incertitude qui entoure les politiques et la macroéconomie, nous devons nous focaliser sur la « microéconomie », c’est-à-dire analyser les actions de manière plus détaillée afin d’identifier et de saisir des opportunités d’investissement.
C’est particulièrement vrai pour les actions, étant donné le degré de complaisance observé récemment. Au niveau des indices, certains marchés auront besoin de fondamentaux vraiment solides pour justifier le niveau élevé de leurs valorisations. Conclusion : pour déceler des opportunités d’investissement, mieux vaut analyser en profondeur les valeurs individuelles plutôt que de s’exposer aux indices larges, que ce soit au niveau géographique ou sectoriel.
La valeur des investissements est vouée à fluctuer, pouvant conduire les prix à la baisse comme à la hausse, et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer le montant initial investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les opinions exprimées dans le présent document ne sauraient en aucun cas constituer des recommandations, des conseils ou des prévisions, ni des recommandations d’achat ou de ventre d’un titre particulier.