Les arguments de la dette des marchés émergents en sept questions

5 min de lecture 14 janv. 26

2025 est une année faste pour les investisseurs exposés à la dette des marchés émergents. Malgré les tensions géopolitiques et un environnement macroéconomique difficile, la dette des marchés émergents a bien résisté en 2025, tant en devise locale qu’en devise forte. Elle affiche une progression à deux chiffres depuis le début de l’année et même les obligations d’entreprises enregistrent des performances solides. 

Loin de se cantonner à 2025, la progression marquée de la dette émergente constitue une évolution structurelle à long terme. Grâce à la crédibilité accrue des politiques, à une gestion budgétaire disciplinée et à la profondeur du marché, la dette des marchés émergents a retrouvé une certaine stabilité et affiche désormais une volatilité similaire à celle des marchés développés.

Cette embellie est particulièrement appréciable du fait de la dissipation de l’exceptionnalisme américain, d’autant que les autres marchés développés doivent également composer avec des tensions politiques et des conditions budgétaires dégradées. Une tendance globale qui ne devrait d’ailleurs pas se démentir à court terme. Pour les investisseurs en quête de diversification, le moment semble venu de revoir leur opinion sur la dette émergente.

Dans cette séance de questions-réponses, Charles De Quinsonas, responsable Dette émergente chez M&G Investments, nous livre ses réflexions sur les moteurs de la performance des marchés émergents, décrit l’amélioration des fondamentaux et explique comment M&G peut saisir des opportunités dans cette classe d’actifs en pleine évolution.

Q : Pourquoi la dette émergente est-elle actuellement aussi intéressante ?

Si la dette émergente est attractive actuellement, c’est parce qu’elle génère des rendements élevés et qu’elle offre des avantages non négligeables en matière de diversification. Ces dernières années, sa volatilité a nettement diminué et elle est désormais proche de celle des marchés développés. Pourquoi ? Parce que de nombreux pays émergents ont adopté des politiques plus crédibles et font preuve d’une discipline budgétaire accrue. Nous observons également des améliorations structurelles, avec des ratios dette/PIB plus faibles, des politiques monétaires plus rigoureuses et des perspectives de croissance solides. La dette émergente ne constitue donc plus seulement un pari tactique, mais une allocation stratégique pour de nombreux investisseurs. Si l’on ajoute à cela la dépréciation du dollar, l’augmentation des déficits américains et les craintes suscitées par la viabilité de la dette des pays développés, le contexte global se révèle plutôt favorable aux actifs émergents.

Q : Quelles sont selon vous les données les plus convaincantes à ce jour ?

Selon moi, l’indicateur le plus probant est le rendement réel. Contrairement à la plupart des pays développés, de nombreux pays émergents offrent des rendements réels positifs. Prenons l’exemple du Brésil. Comme la banque centrale a réagi de manière rapide et radicale en matière de taux, bien avant la Réserve fédérale (Fed), les investisseurs peuvent obtenir des taux réels élevés tout en bénéficiant d’une inflation maîtrisée. Autre facteur important, celui des notations de crédit. En 2024, 14 émetteurs souverains émergents ont vu leur notation rehaussée, un chiffre net inédit depuis 2011. Quant aux ratios dette/PIB, ceux des économies émergentes et à revenu intermédiaire ressortent en moyenne autour de 75 %, contre 110 % pour les économies développées. Ce qui témoigne d’une amélioration relative de la situation budgétaire.

Q : Comment M&G peut-il exploiter ces opportunités d’investissement ?

Notre équipe dédiée à la dette émergente adopte une approche « bottom-up ». Nous analysons en détail les fondamentaux des pays et des émetteurs, en combinant des modèles quantitatifs et des données qualitatives, afin d’identifier des points de bascule et d’éviter les risques intrinsèques à la dette émergente. Nous faisons une analyse globale de la dette, tant souveraine et que d’entreprise, et nous utilisons des outils exclusifs pour évaluer la viabilité des dettes et les notations internes. De plus, nous dialoguons directement avec les émetteurs et les législateurs, ce qui nous procure un sérieux avantage. Enfin, nous avons l’appui de l’une des plus grandes équipes de recherche crédit d’Europe, avec plus de 50 analystes possédant en moyenne de 14 ans d’expérience.

Q : Pouvez-vous citer un pays ou un secteur qui offre d’excellentes d’opportunités ?

Nous apprécions tout particulièrement les obligations en devise locale d’Amérique latine, notamment celles du Brésil et du Mexique, qui se distinguent par des taux réels élevés et une vraie rigueur budgétaire. L’Asie centrale recèle également de nombreuses opportunités, notamment l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Kazakhstan. Du côté des entreprises, celles des pays émergents présentant un faible effet de levier et une couverture élevée des intérêts nous semblent intéressantes, d’autant plus que le niveau élevé des spreads reflète assez mal les fondamentaux actuels. L’atout principal de la dette émergente est la taille de son univers d’investissement, avec près de 100 pays accessibles. Nous pouvons donc exploiter diverses tendances structurelles, comme la relocalisation de l’appareil industriel dans des pays voisins, la croissance des échanges commerciaux régionaux et les tendances démographiques.

Q : Comment M&G parvient-il à se différencier dans cette classe d’actifs ?

Selon moi, trois aspects sont essentiels : la flexibilité de la gestion, l’ampleur de la recherche et l’expérience des équipes. Notre stratégie étant dénuée de toute contrainte par rapport à l’indice de référence de nos portefeuilles, nous pouvons mettre en œuvre nos idées les plus convaincantes sur les segments des obligations souveraines, d’entreprises et en devise locale. Notre recherche est vraiment « bottom-up » et a pour but d’anticiper les points d’inflexion mais aussi de gérer les risques. Cette approche est essentielle car la diversification - et non la concentration du portefeuille -, est au cœur de notre philosophie d’investissement. Notre équipe d’analystes figure d’ailleurs parmi les meilleures du secteur en Europe, ce qui nous permet de nous affranchir des notations externes.

Q : Selon vous, quelle est la tendance qui impactera le plus les marchés émergents dans les années à venir ?

On peut citer plusieurs thèmes majeurs. Premièrement, le renforcement continu des politiques monétaires et budgétaires des pays émergents, qui change complètement la donne en matière de stabilité. Deuxièmement, la démographie : 85 % de la population mondiale vit dans les pays émergents, et dans beaucoup d’entre eux les populations en âge de travailler augmentent fortement, ce qui soutient la croissance à long terme. On peut aussi penser aux grandes mutations structurelles, comme la transition énergétique, la recomposition des chaînes d’approvisionnement et la transformation numérique. Enfin, nous pourrions assister à une désaffection durable des portefeuilles au détriment des États-Unis, les investisseurs remettant en question l'exceptionnalisme américain et recherchant la croissance ailleurs. 

Q : Quelles sont vos perspectives pour les marchés obligataires des pays émergents ?

Nous sommes optimistes à l’égard des obligations des marchés émergents. Le portage est attractif, les fondamentaux s’améliorent et les politiques n’ont jamais été aussi crédibles. La dette libellée en devise locale est particulièrement attractive car les rendements réels sont positifs et les monnaies pourraient s’apprécier en cas de dépréciation du dollar. Les spreads des titres en devises fortes restent intéressants, même si les obligations investment grade commencent à devenir onéreuses. La dette émergente est à la fois source de rendement, de croissance et de diversification, alors que les difficultés se multiplient pour les marchés développés. Pour les investisseurs cherchant à construire des portefeuilles résilients, les marchés émergents sont une allocation indispensable, selon nous.

Rédigé par Charles de Quinsonas, Responsable Dette émergente

La valeur des investissements fluctue et peut ainsi faire baisser ou augmenter la valeur des actifs. Les investisseurs peuvent donc ne pas récupérer leur placement initial. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les opinions exprimées dans le présent document ne sauraient en aucun cas constituer des recommandations, des conseils ou des prévisions.  

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